Huang Yong Ping : première rétrospective monumentale au MAC de Lyon

Huang Yong Ping : première rétrospective monumentale au MAC de Lyon
Huang Yong Ping, "Intestins de Bouddha," 2006
(Collection du Centre Pompidou, Paris – Musée national d'art moderne © photo Blaise Adilon © Adagp, Paris 2013 )

Des vautours qui se disputent les boyaux d’un Bouddha (Intestine of the Buddha, 2006), une machine à laver recrachant sur les murs des lambeaux de livres d’art préalablement essorés, ou digérés (Reptiles, 1989), un monstre marin à tête de loup en train de croquer un chapelet géant, un éléphant gisant sur le sol aux côtés d’un chien empaillé, et Mille Bras de Bouddha accrochés à un porte bouteille gigantesque en hommage à Duchamp… Présenté jusqu’au 14 avril au MAC de Lyon, sur 1000 m2, l’artiste chinois Huang Yong Ping résidant à Paris ne fait pas, comme à son habitude, dans la discrétion. Ni dans la transparence. Son œuvre sculpturale, spectaculaire, pèse lourd (parfois un peu trop à notre goût) de multiples références culturelles, de mythes, de symboles qui empruntent à la littérature, au christianisme et au bouddhisme.

Pour cette première rétrospective personnelle en France — l’artiste s’y est pourtant installé il y a plus de 20 ans, il a même représenté l’Hexagone à la Biennale de Venise en 1999 !  —, Huang Yong Ping a réuni neuf de ses installations monumentales (certaines reproduites par le MAC). A cette occasion, il leur trouve un centre, ou un liant, un peu particulier. L’artiste est allé piocher dans les collections du futur Musée des Confluences de Lyon et en a rapporté 250 statuettes de divinités chinoises en bois peint, laqué et doré, de 15 à 35 cm. Il les a ensuite exposées au cœur de son exposition, sous des bâches en plastique ou dans des vitrines, telles qu’elles étaient conservées dans les réserves. Toutes fabriquées en 1880 par des artisans de la province du Fujian, elles proviennent de la ville natale de l’artiste : Xiamen (anciennement Amoy).

 

Le titre donné à l’exposition « Amoy/ Xiamen » fait donc à la fois référence au passé et au présent, à l’histoire personnelle de l’artiste et à l’histoire de l’art. Huang Yong Ping fabrique des monstres, où fusionnent des cultures et civilisations, parfois antagonistes. Son œuvre est syncrétique. Elle recycle, comme dans l’installation « Reptiles », le livre et l’oubli, l’histoire et la fiction. Elle mélange non seulement les références religieuses mais les imaginaires collectifs et individuels. Reflet d’un monde globalisé, en perpétuelle mutation, qui s’auto-pénètre, ou expression intime des écartèlements entre occident et orient ? L’œuvre de Huang Yong Ping garde sa part de mystère. Léviathan multiforme et multiculturel, mobile et ouvert comme la scénographie de l’exposition.