Les encres de Latifa Echakhch : "Laps" au Mac de Lyon et "À chaque Stencil une révolution" au Hammer Museum

Les encres de Latifa Echakhch : "Laps" au Mac de Lyon et "À chaque Stencil une révolution" au Hammer Museum
Vue de l’exposition de Latifa Echakhch, Laps, au Musée d’art contemporain de Lyon (15 février – 14 avril 2013) Latifa Echakhch, Eivissa (Ibiza), 2010 ; Tambour 29', 2012 ; Tambour 47', 2013 ; Tambour 88', 2013 ; Tambour 28', 2013 ; Tambour 75', 2013
(Courtesy de l’artiste, Galerie Eva Presenhuber, Zurich / kamel mennour, Paris / kaufmann repetto, Milan © photo Blaise Adilon)

Latifa Echakhch a une actualité particulièrement importante cet hiver. L’artiste vient d’inaugurer depuis le 23 février une exposition personnelle au Hammer Museum de Los Angeles, avec une pièce de 2007, À chaque Stencil une révolution, déjà montrée à la Tate en 2008 dans l’exposition « Speakers’ Corner ». Parallèlement, jusqu’au 14 avril, avec son exposition personnelle « Laps », Latifa Echakhch investit 1000 m2 du Musée d’art contemporain de Lyon.

Et ce qui relie l’installation monumentale de 2007 ainsi intitulée d’après une citation de Yasser Arafat, avec cette exposition personnelle de pièces plus récentes de l’artiste est la récurrence de l’utilisation de l’encre. Des révolutions poétiquement contenues dans chaque feuille de papier carbone créant un paysage de différents bleus magnifique de À chaque Stencil une révolution, aux derniers Tambours de 2012, toiles-tondis sur lesquelles elle a projeté de l’encre indienne, à la Mer d’encre, des chapeaux melons imbibés d’encre indienne également, se dessine alors pour Latifa Echakhch un retour au matériau premier de l’écriture.

 

L’on ne peut comprendre l’exposition du Mac de Lyon sans cette pièce tout à fait centrale exposée au Hammer Museum, car avec ses plus récentes installations, le temps de latence, ou le temps suspendu, - dû notamment au processus de production des pièces mais aussi à la référence surréaliste (Magritte) - implique, enveloppe aussi des révoltes.

En effet, l’installation Eivissa présente onze pierres d’un campement de soldats marocains enrôlés de force pendant la guerre civile espagnole au côté de Franco. Ces soldats ont été privés de leur papier d’identité, puis diabolisés par la société espagnole. Découvertes en 2010, pendant l’exposition de Latifa Echakhch au MACBA où avait été montrée pour la première fois l’installation Eivissa, des archives de l’époque de Franco portant sur l’histoire de ces soldats ont été révélées.

Posées sur des cartes de tarot espagnole avec lesquelles l’artiste jouait petite, ces pierres imposantes viennent à leur manière écraser une enfance, la mémoire intime de l’artiste. Elles écrasent également ces cartes du destin, ces identités rayées de l’histoire, entre le passé du Maroc et celui de l’Espagne. Ces pierres semblent être le poids des horreurs de l’histoire coloniale dans l’appréhension intime de l’artiste et dans celle partagée par le spectateur.

Cette surprenante simultanéité de l’actualité personnelle du travail de l’artiste avec l’actualité historique contient avec ces cartes comme quelque chose de divinatoire aussi. Alors, entre les tondis, les pierres, les cartes et les chapeaux melons, entrent en jeu des problématiques entre le sacré et le profane. L’exposition « Laps » serait ainsi comme en latence dans les stencils du Hammer Museum.