Le choc du nu ! Les photographies de Juergen Teller exposées à l’ICA de Londres

Le choc du nu ! Les photographies de Juergen Teller exposées à l’ICA de Londres
Juergen Teller, "Vivienne Westwood No. 3, London," 2009
(Courtesy Lehmann Maupin Gallery, New York and Hong Kong)

Quiconque a ouvert un magazine ces dix dernières années connaît les images de Juergen Teller : Kristen McMenamy qui s’amuse cul nu dans une grande demeure, une Lily Cole botticellienne en train de folâtrer en tenue d’Eve dans un bois ombragé, des jolis cœurs dénudés planant sur des lits ou dans des baignoires.

Monsieur Teller a une actualité très chargée. Dans le numéro de février de W Magazine, le photographe allemand présente 33 images de célébrités, dans son style habituel, le faussement négligé. En parallèle, « Woo ! », une rétrospective de son travail organisée par l’ICA de Londres lui donne un aval institutionnel ; les responsables de l’institut estime qu’il s’agit « un des photographes les plus importants de sa générations ». En effet, il est difficile de nier son influence sur la culture visuelle. Très sexuels, ses portraits surexposés et pseudo-naïfs ont inspiré Dash Snow, Terry Richardson et Ryan McGinley, sans mentionner les innombrables campagnes de photographes anonymes pour American Apparel et la multitude d’instantanés sur Instagram qui sont autant de dérivés de ses images.

 

Dans le journalisme de mode, « Intime », « avant-gardiste », « direct », « provocant » ou encore « cru » sont les mots que l’on associe au nom de Teller. Ses photographies déroutantes cultivent un air d’authenticité brut. Vivienne Westwood en Olympia coquette sur un divan en brocart ; Charlotte Rampling complètement nue dans la galerie des sculptures du Louvre ; Cindy Sherman affublée d’horribles lunettes rétro, le regard vide, en train de tirer la langue ; voici des images qui ont le mérite de subvertir les standards de beauté trop lisses que l’on retrouve dans les pages en papier glacé des magazines. Pourtant, malgré sa transgression douce et bien intentionnée, Juergen Teller tombe parfois dans les stéréotypes de l’érotisme années 70 et le sensationnalisme de bas-étage. Regardez par exemple sa campagne (interdite) pour le parfum « Oh Lola » de Marc Jacobs dans laquelle Dakota Fanning pose en nymphette nabokovienne, un flacon en forme de fleur placé entre ses jeunes cuisses.  

Jeffrey Kastner d’Artforum parle d’un créateur de « érotisme consumériste ». La description lui sied à merveille. La grossièreté  étudiée de ses clichés s’est peu à peu transformée en anti-art maniéré qui, malgré son association alchimique aux produits de consommation, aux célébrités et à l’argent, engendre une espèce abjecte et dégénérée de glamour. À l’instar de nombreux artistes, Monsieur Teller aime prendre ses distances avec toute interprétation critique de son travail. Récemment, dans une interview accordée à Artinfo UK, il a déclaré « les gens prennent tout ça beaucoup trop au sérieux. Ce ne sont que des photos! ». Sauf que les choses ne s’arrêtent jamais là.

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