L’atelier des frères Martel, signé Mallet-Stevens, est mis en vente

La façade de l'atelier Martel, signé Mallet-Stevens, à Paris.
(© www.architecturedecollection.fr)

Situé au 10 de l’actuelle rue Mallet-Stevens dans le XVIe arrondissement de Paris, le feu-atelier des frères Martel est une œuvre architecturale des années 1926-1927. Classée Monument historique, l'hôtel particulier est le fruit du génie de Robert Mallet-Stevens, avec des verrières Art déco réalisé par l’atelier du maître-verrier Louis Barillet et une porte d’entrée en fer forgé, dessinée par Jean Prouvé.

L'atelier est aujourd'hui en vente à l’agence immobilière Architecture de collection, au prix de 3,9 millions d'euros.

A l’origine de la commande passée à Mallet-Stevens, les sculpteurs Joël et Jan Martel ont participé au programme de l’atelier conçu avec trois appartements indépendants. L’atelier des frères Martel n’a pas été modifié depuis sa construction et il présente aujourd’hui encore son architecture et son décor d’origine.

« Les propriétaires se sont d'ailleurs tellement passionnés pour les lieux qu'ils ont également acheté, il y a quelques années, l'appartement du dernier niveau de l'hôtel particulier où ils ont installé leur chambre, » explique Delphine Aboulker d’Architecture de collection, à la revue Maison à part. « Deux niveaux, qui ne leur appartenaient pas, séparaient ainsi les pièces à vivre des pièces de nuit, ils devaient passer par les parties communes pour accéder à leur chambre. »

Avec trois entrées différentes, le bâtiment introduit à un hall central qui distribue les trois appartements et l’atelier en sous-sol et en rez-de-chaussée où les Martel travaillaient et recevaient leurs clients. La façade se caractérise par quatre panneaux de verre verticaux en lignes brisées alternées.

Imbriquant des volumes géométriques simples, cylindre, cubes, et une oblique caractérisent l’architecture de cet atelier de 171 m2. L’atelier supérieur au niveau de la rue, l’atelier en contrebas et la loggia en mezzanine, induisent des ruptures d’échelles apparentes. L’escalier central cylindrique articule entre eux les niveaux.

Avec une hauteur de plafond de 6 m, l’atelier propose différents paliers qui permettent de multiples points de vue sur l’espace et des volumes fragmentés, comme le décrit Christian Bonnefoi. Les sculpteurs pouvaient ainsi accueillir des œuvres monumentales. Un jardin d’hiver s’accompagne aussi d’une fontaine.

Aujourd’hui rénové selon les principes minimaux du modernisme, l’atelier du rez-de-chaussée est un salon lumineux et la mezzanine a été utilisée comme une chambre à coucher. L’atelier en contrebas autrefois dédié au moulage a été aménagé en salle de bain et dressing.

L’atelier en vente aujourd’hui se situe ainsi aussi au cœur de l’œuvre majeure de Mallet-Stevens, la rue qui porte son nom aujourd’hui et pour laquelle l'architecte a décréta :

« Aucun commerce n’y est autorisé. Elle est exclusivement réservée à l’habitation et au repos ; on doit y trouver un calme réel, loin du mouvement et du bruit, et son aspect même, par sa structure générale, doit évoquer la placidité sans tristesse. »

Avec les principes fonctionnalistes du style international et du modernisme, l’architecte de la maison Collinet et de la villa Noailles n’aurait sans doute pas imaginé que cet atelier puisse devenir un jour un lieu de vie. « La forme suit la fonction » oblige. Qu’à cela ne tienne, ceux qui achèteront ce véritable chef œuvre d’architecture seront bien chanceux.

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